tout, tout de suite, Morgan Sportès

Publié le par surletagere

              Eh bien, voilà un livre que je ne saurais définir...

          Ni tout à fait un documentaire, ni tout à fait un roman, Tout, tout de suite de Morgan Spartes nous raconte une version romancée de l'enlevement du jeune Ilan Halimi en 2006. Mais si l'auteur a mené un minutieux travail de recherche sur la manière dont se sont déroulés les évènements, il ne cherche pas à décrire à tout prix une histoire ayant existée. Si l'on reconnaît quelques grandes figures de l'affaire du gang des barbares, les personnages eux sont fictifs. A part la 4ème de couverture mentionnant l'enlèvement d'un jeune juif en 2006 (et bien entendu, le battage médiatique à la sortie du livre), jamais l'affaire n'est évoquée dans le récit.

         Ces jeunes adultes emportés dans une utopie collective, devenir riches très vite, peuvent être n'importe qui. Personnes réelles ou anonymes. Moi en tout cas, ils m'ont beaucoup rappelé les jeunes de mon quartier que je croise tout les jours. Ce qui m'a le plus dérangé et empêché de savoir si j'aimais ce livre ou non, c'est le style du récit. Brut. Réaliste. La vérité dans toute sa cruauté. Aucun jugement de valeur de l'auteur auquel nous raccrocher pour définir qui sont les bons et les méchants. Et c'est bien ce qui gêne: ne pas savoir qui l'ont peut considérer comme victime, qui est réellement juste, me demander si moi, à leur place, je n'aurais pas après tout pu faire la même chose...  

 

 

 L'extrait: " Avenue Denfert-Rochereau, boulevard Saint-Michel, boulevard Sébastopol, Yacef conduit mal, mais il ne rencontre aucune difficulté: il s'agit de foncer tout droit vers le nord de Paris.

  - Voilà, faut que tu me rendes un service, dit-il en chemin à Zelda, dont il apprécie, à nouveau, de coin de l'oeil, la beauté. Mam' t'as expliqué?

  - Non elle a pas voulu me donner les détails au téléphone. Elle m'a dit que sa ligne était peut être sur écoutes. - J'ai besoin que tu dragues des mecs, des Feujs... On les attraperas. Puis on demandera une rançon.

  - Pourquoi des Feujs?

  - Ils ont du pognon.

  - Et si celui que t'attrapes n'en a pas?

  - Leur communauté paiera. Ils sont unis. Et ils paieront vite. On le gardera prisonnier pas plus de trois jours.

  - Vous allez lui faire du mal?

  - Non! Je suis un bon musulman. J'ai la foi en Dieu... Je te jure qu'on lui fera rien. On lui prendra sa thune, c'est tout. Les feujs, c'est les rois, ils bouffent l'argent de l'Etat. Et nous, les Noirs, l'Etat nous considère comme ses esclaves (balayeurs, manoeuvres, bonniches). Vous les Arabes et nous les Noirs, on doit se serrer les coudes!

  - Vous allez leur prendre combien de rançon: 10000 euros? demande Zelda. "

Publié dans société

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